Travail de nuit et cancers

Travail de nuit des femmes et cancer

En 1892, une loi interdit le travail de nuit des femmes dans l’industrie. Cent ans plus tard, la loi du 9
mai 2001 lève ces restrictions, au nom de l’égalité professionnelle entre hommes et femmes. Depuis,
le travail de nuit des femmes a progressé plus rapidement que celui des hommes1. En 2009 le
Danemark a commencé à indemniser des femmes travaillant la nuit présentant un cancer du sein en
tant que maladie à caractère professionnel.
Dès lors, les femmes doivent-elles avoir peur de vivre la nuit ?
En France le travail de nuit concerne :
– Dirigeants et Personnels des entreprises du monde de la nuit (Hôtels, Salles de Spectacles,
Discothèques, Clubs, Casinos, …)
– Fonctionnaires des Ministères et des entreprises publiques ou privées assurant une
permanence des missions de service public pendant la nuit (sécurité, santé, …)
– Artisans & Salariés devant assurer la continuité de l’activité économique dans les secteurs de
la communication, transports, industries lourdes ou agroalimentaire, commerce, activité
agricole, …)

– Près de 35% des étudiants exerçant une activité complémentaire à leurs études2
Le travail de nuit, qui se définit par une activité professionnelle entre 21h et 6h du matin le
lendemain3, est déjà connu pour avoir un impact sur la santé ne serait-ce que par la dette de
sommeil qu’il implique (l’Homme est un mammifère diurne, son organisme se comporte
spontanément comme s’il était programmé pour effectuer des efforts le jour et récupérer la nuit.
L’inversion du rythme veille/sommeil par rapport au rythme jour/nuit entraine une fatigue
psychologique et physique qui s’apparente à une dette qu’il convient de couvrir à intervalle régulier
par une récupération prolongée (siestes répétées ou « tour de cadran » à dormir par exemple). Si
cette dette n’est pas correctement récupérée, s’installent alors une irritabilité accrue, une
somnolence parfois incoercible et sur le long terme de véritables pathologies peuvent s’autonomiser
comme l’hypertension artérielle et son cortège de complications4.
Pour ce qui concerne le risque de cancer l’histoire est plus compliquée.
Tout commence à la fin des années 80, début des années 90, où il est postulé que l’exposition à la
lumière pendant la nuit puisse exposer à un risque accru de cancer5.
En 2001 un article publié par le Journal of the National Cancer Institute qui annonce qu’une étude
portant sur 813 femmes chez lesquelles on avait diagnostiqué un cancer du sein, mettait en
évidence, rétrospectivement, une fréquence anormalement élevée de travail de nuit6.
Pour expliquer ce phénomène, l’auteur reprend l’hypothèse d’un lien entre exposition nocturne à la
lumière et taux d’oestrogène – une hormone connue pour favoriser le développement des cancers du
sein – via une perturbation du cycle de la mélatonine. En effet il a été établi à la même époque
que l’exposition à la lumière pendant la nuit effondre les taux de mélatonine, qu’une diminution du taux de mélatonine s’accompagne d’une augmentation du taux d’oestrogènes et qu’un taux
d’oestrogènes trop élevé favorise la croissance de certains cancers du sein7 (l’une des stratégie de
traitement du cancer du sein consiste d’ailleurs à administrer des anti-oestrogènes).
Deux ans plus tard, en 2003, un article publié dans la même revue, portant sur l’étude de 602
femmes présentant un cancer Colorectal, conclue que celles travaillant de nuit à raison de 3 fois par
mois pendant 15 ans augmentent de manière significative le risque de développer ce type de
cancer.
Quatre ans après, en 2007, un nouvel article publié dans la revue Cancer Research, rapporte un
risque significatif de cancer de l’endomètre (le revêtement qui tapisse la paroi interne de l’utérus)
chez les femmes ayant travaillé de nuit pendant plus de 20 ans sur la base de l’étude de 515 femmes
présentant un tel diagnostique9.
L’ensemble de ces 3 articles dresse, en première lecture, un constat alarmant qui interpelle la
communauté médicale et notamment celle de la médecine du travail et de la santé publique. Dès
lors, en octobre 2007, un groupe international de 10 experts réunis par l’Agency for Research on
Cancer (IARC) a classé le travail de nuit comme risque potentiel au même titre que le rayonnement ultra-violet10.
C’est dans cette dynamique que le Danemark, en 2009, décide d’indemniser 37 femmes travaillant au
moins 1 nuit par semaine pendant 20 à 30 ans chez lesquelles un cancer du sein a été diagnostiqué11.
L’histoire parait simple et les conclusions sans appel …
Oui mais, la relation de cause à effet ne fait pas l’unanimité, les causes des cancers du sein,
colorectaux ou de l’endomètre sont multiples avec des facteurs génétiques intriqués qui ne peuvent
se satisfaire d’une vision aussi simpliste12.
De plus, les études portent sur un nombre restreins de femmes 500 à 800 femmes et elles sont
uniquement rétrospectives, c’est-à-dire qu’elles observent le parcours des femmes après l’apparition
du cancer. En toute rigueur ces études ne démontrent pas un lien de causalité entre le travail de nuit
et les cancers de la femme. Pour cela il convient d’observer une cohorte de femme travaillant de nuit
(en général au moins 10 000) et d’y repérer un rythme anormal d’apparition des cancers au cours du
temps (en général au moins 10 ans).
C’est là qu’interviennent les résultats de l’étude prospective publiée en 2010 dans l’American Journal
of Epidemiology portant sur 73 049 femmes travaillant de nuit, suivies entre 1996 et 2007. Les
conclusions de cette étude est que les 717 cas de cancers diagnostiqués n’avait aucun lien statistique
avec la durée d’exposition, la fréquence ou le temps cumulé en travail de nuit13.
En fait la question n’est pas uniquement médicale mais elle est aussi sémantique et dogmatique.

 


Sur le plan sémantique, en anglais « travail de nuit » se dit « graveyard shiftwork » qui se traduit par
« horaire de cimetière ». Cela induit/traduit une vision négative implicite et préexistante du travail de
nuit en dehors de tout rationnel et peu constituer un biais méthodologique masqué non négligeable.
Sur le plan dogmatique, l’article à l’origine (et cité comme tel) du concept de lien entre exposition à
la lumière la nuit et cancer, argumente que l’invention de l’électricité a entrainé un bouleversement
sans précédent en affranchissant l’activité de l’Homme du rythme jour/nuit.
Ce courant de pensé fait fit du fait que depuis l’invention du feu l’Homme s’est affranchi du rythme
jour/nuit pour réguler son activité. Le feu de camp, la lampe à huile, la bougie à la cire, la bougie au
blanc de baleine, la bougie à la paraffine, la lampe à pétrole et l’éclairage au gaz ont successivement
contribué à permettre une activité nocturne avant l’avènement de l’électricité (à titre d’exemple, au
moyen âge les corporations des ouvriers de menues oeuvres d’étain et de plomb, teinturiers, tailleurs
d’images, huiliers, boursiers, autorisent le travail de nuit14).
De plus, on observe un glissement de sens progressif des concepts. Au départ on parle d’un lien
possible entre exposition à la lumière pendant la nuit et cancer pour ensuite conclure que le travail
de nuit est un facteur de risque de cancer.
Pour établir un lien incontestable il convient d’avoir une cascade cohérente d’évènement connus et
vérifiables par l’observation. On en est loin. En l’état des connaissances publiées, les personnes qui
apprécient de vivre la nuit et celles qui travaillent la nuit par nécessité – en particulier les femmes –
peuvent continuer à le faire.
Il convient surtout de veiller à se méfier de la dette de sommeil souvent minimisée et de bien
comprendre qu’elle se compense plus lentement qu’elle ne s’acquière. Ne jamais se priver d’une
sieste et ne pas négliger la surveillance des conséquences néfastes en consultant régulièrement son
médecin.
Jan-Cédric HANSEN

Sources :
1 http://www.travail-solidarite.gouv.fr/IMG/pdf/Travail-nuit-progression-plus-rapide-pour-les-femmes.pdf
2 http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1204
3 http://www.travail-solidarite.gouv.fr/informations-pratiques,89/fiches-pratiques,91/duree-du-travail,129/letravail-
de-nuit,1017.html
4 http://www.univ-rouen.fr/servlet/com.univ.utils.LectureFichierJoint?CODE=1096892553757&LANGUE=0
5 Stevens RG, Davis S, Thomas DB et al. Electric power, pineal function, and the risk of breast cancer. FASEB J. 1992;6: 853-860.
6 Davis S, Mirick DK, Stevens RG. Night shift work, light at night, and risk of breast cancer. J Natl Cancer Inst.
2001;93(20):1557-62.
7 Stevens RG, Rea MS. Light in the built environment: potential role of circadian disruption in endocrine
disruption and breast cancer. Cancer Causes Control 2001;12:279–87.
8 Schernhammer ES, Laden F, Speizer et al. Night-shift work and risk of colorectal cancer in the nurses’ health
study. J Natl Cancer Inst. 2003;95(11):825-8.
9 Viswanathan AN, Hankinson SE, Schernhammer ES. Night shift work and the risk of endometrial cancer.
Cancer Res. 2007;67(21):10618-22.
10 Hansen J. Women with night shift work and breast cancer: the situation in Denmark. J Epidemiol Community
Health. 2010 Jul 14.
11 Wise J. Danish night shift workers with breast cancer awarded compensation. BMJ. 2009;338:b1152.
12 http://ww5.komen.org/BreastCancer/BreastCancerRiskFactorsTable.html
13 Pronk A, Ji BT, Shu XO et al. Night-shift work and breast cancer risk in a cohort of Chinese women. Am J
Epidemiol. 2010;171(9):953-9.

Lien entre le travail de nuit des femmes et le cancer
Propos du Dr Jan-Cédric HANSEN

Le Dr Jan-Cédric Hansen est un expert dans le domaine des stratégies, notamment, médico-marketing.

Cet ancien chercheur en neurosciences et en radioprotection est aussi expert en pandémie de grippe.

Un profil et un champ de compétence très variés offrant – quelque soit la problématique – une originalité d’analyse qui prend en compte l’environnement et l’existant.

Cette méthode d’approche ne laisse pas place au hasard, le Dr Hansen se veut pointu dans l’utilisation du savoir.

Il est capable de s’exprimer sur des sujets épineux tels : la politique de santé, l’économie de la santé, la santé militaire, administrative et pharmaceutique… soit d’expliquer la doctrine d’emploi des services de santé et le lobbying dans cet univers.

Diplômé d’un Doctorat en médecine, spécialiste en neuropsychopharmacologie, le Dr Jan-Cédric Hansen est aussi officier de réserve du service de santé, plus communément appelé officier de liaison au Bureau International (structure au service de la Nation), chargé de veiller à l’état des combattants.

Durant 15 années, il a évolué dans la publicité de médicament dont 10 ans en tant que directeur des stratégies médicales internationales du groupe Médicus (enseigne de Publicis Healthcare Group, numéro 1 mondial de la communication santé). Il a ensuite rejoint StratAdviser Ltd (Agence de conseil en stratégie et communication de crise), dont il est membre du conseil d’administration UK et coordonne un réseau de 150 experts européens.

Son savoir, il le partage autant que possible en enseignant le Management & Communication des Etablissement de Soin et de Santé – dirigeants et futurs dirigeants d’EHPAD et centres médico-sociaux.

Il est par ailleurs l’auteur de « En agence de communication » : 1er livre sur la communication publicitaire industrielle de type BtoB à travers l’expertise de la publicité du médicament.

INTERROGATIONS

Neuroscience:

Très nombreuses, les maladies affectant des cellules nerveuses ou neurones demeurent, pour la plupart d’entre elles, que partiellement comprises. L’augmentation dans notre société des maladies cérébrales comme la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson nous impose de mieux comprendre le cerveau pour espérer développer de meilleures thérapie.

Voici des interrogations auxquelles le Dr Jan-Cédric Hansen est en mesure d’apporter des réponses:

∞ Que se passe-t-il dans la tête d’une personne atteinte d’Alzheimer?

∞ Que se passer t’il dans le cerveau lorsque nous avons un cancer et pourquoi nous maigrissons?

∞ Pourquoi sommes nous tristes lors d’une rupture?

∞ Pourquoi rêvons nous?

∞ Pourquoi aimons nous les films d’horreur ou de vampire?

∞ Pourquoi aimons nous les films en 3D?

∞ L’effet de la publicité sur le cerveau: pourquoi aimons nous les publicités?

∞ Pourquoi avons-nous le « blues » de la rentrée?

∞ Le phénomène cougar…

Nombreuses sont les personnes a avoir recours à la chirurgie esthétique et n’hésite pas à dire :« J’aime pas ma gueule… » et si le problème était d’ordre géométrique et non esthétique?

Problèmes de retraites, de sécurité sociale, de remboursement de frais…

∞ Pourquoi la consultation coûte 23€ ? Est– ce vraiment cher payé?

∞ En pharmacie, pour quelles raisons trouvons nous toujours les médicaments souhaités?

∞ Wifi, télévision… nous sommes nous-mêmes radioactifs…

PUBLICATIONS

”Preparing staff for the swine flu pandemic: Information and communication channels”, 2009 (JOURNAL OF COMMUNICATION IN HEALTHCARE)

”Self Estimated Crisis Threshold at End User level”, 2009 (ESREDA)

”How to take into account End Users’ needs”, 2009 (ESREDA)

”Menace pandémique : impact managérial et économique en entreprise », 2009 (IAE Lille)

”Analyse du rapport de l’Académie Nationale de Médecine sur la place des eaux minérales dans l’alimentation”, 2007 (SYNDICAT DES EAUX DE SOURCES)

”La crise, l’entreprise et l’ingénieur”, 2006 (EIC)

”Agences de Communication Santé & Campagnes Publicitaires”, 2006 (ESC DIJON)

”Management & Communication : de la Stratégie à l’Opérationnel », 2005 (IAE Lille)

”Publicité du médicament & Biotechnologies”, 2004 (ESC RENNE)

”Mercatique Analytique des Agences de Communication Santé », 2003 (PUBLICIS)

« En Agence de Communication : Structures, Acteurs, Méthodes”, 2000 (TOP Edition).

”Les pathologies Neuropsychiatriques dans le DE MEDICINA de Celse” 1997 (THESE)

”Clinique de la maladie de parkinson”, 1996 (ROCHE)

”Neurophysiologie du système dopaminergique”, 1996 (ROCHE)

”Effet paradoxal de l’apomorphine sur les neurones dopaminergiques après irradiation gamma”, 1995 (CRSSA)

”Vademecum de Toxicologie Clinique”, 1994 (CNED)

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  1. marie :
    30 septembre 2013

    ce n’est pas le cancer qui est le risque le plus important pour le travail de nuit ! ce sont les troubles somatiques.
    Les troubles digestifs sont très fréquents : dyspepsies, douleurs abdominales et troubles du transit, risques d’ulcère gastroduodénal et d’obésité consécutifs aux horaires de repas irréguliers et mal équilibrés avec surconsommation de thé ou de café pour rester éveillé.

    Le travail posté modifie le métabolisme des lipides et est un facteur de risque d’augmentation du taux de cholestérol et des triglycérides , ce qui, à long terme, entraîne un risque accru de troubles cardiovasculaires (hypertension artérielle …).

    Les femmes enceintes travaillant de nuit risquent un retard de croissance ou une prématurité de l’enfant ou un avortement spontané.

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Nombre d'avis : 1
Mois de publication : septembre
Année de publication : 2010
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